Rédactrice en chef de journaux pour la jeunesse du groupe Bayard puis éditrice en charge du secteur des religions, théologienne, écrivaine.
Bibliographie
- Souffler sur quelques lueurs, Nouvelle Cité, 2026
- Lettres à Thérèse d’Avila, Cerf, Spiritualité́ Lexio, 2024.
- Choisir le célibat ? Cerf, 2021.
- L’inconsolation, Bayard, 2021.
- Fragiles existences. Orienter sa vie, avec Véronique Margron‚ o.p., Albin Michel, 2020.
- Lettres à Paul de Tarse. L’ homme du scandale, Cerf, 2018.
- Une année avec Thérèse d’Avila, Bayard, 2015.
- L’autre christianisme. Plaidoyer pour un christianisme ouvert, Bayard, 2015.
- Solitudes, nuit et jour, avec Véronique Margron‚ o.p., Bayard, 2014.
- Contre le Dieu des évidences, Bayard, 2010.
- Chemins de sable, conversation avec Chantal Thomas, Seuil, coll. « Points », 2006.
- Le corps bouleversé. Choisir le célibat, Desclée de Brouwer, 2002
Souffler sur quelques lueurs : Recension
Souffler sur quelques lueurs par temps d’inquiétude de Claude Plettner, éditions Nouvelle cité
Quand la maladie rend « ivre d’air » ! Ce livre est un témoignage saisissant sur la façon dont notre souffle vital nous relie à la Terre au bord de l’asphyxie.
Reprendre souffle, retrouver le rythme vital de l’inspiration et de l’expiration, où le charnel est inséparable du spirituel. C’est la traversée à laquelle nous convie Claude Plettner. Au départ, l’objet de son livre se voulait une méditation sur notre monde au bord de l’asphyxie, où le Vivant se meurt – source d’une immense « inquiétude ». Mais ce désir d’écriture prend une tournure plus personnelle, plus intime, quand on lui découvre des « tumeurs cancéreuses au côlon ». Analyses, examens, traitements… La voilà plongée dans un « divorce » qui se produit à l’intérieur d’elle-même. « C’en est fini de la complicité avec mon corps, allié devenu si fragile. Il me lâche, me trahit, me donne le tempo. »
Confrontée à un « corps souffrant, morcelé, amaigri, nauséeux, bavant », elle trouve, dans son combat, du réconfort auprès des amis aux « paroles sobres », aux « gestes précieux », aux « brefs silences qui écoutent ». C’est dans les psaumes de déréliction qu’elle déterre les mots pour se confronter à la maladie. « Mon cri vient vers toi… », « Moi terre aride face à toi… » Au sortir de l’épreuve, consciente que « la mort s’est approchée » et que le temps « s’est raccourci », elle repart à la fois « plus grave et plus légère ». « Ivre d’air », la voilà reliée à l’expérience du nouveau-né dont les poumons se déploient pour la première fois au contact de l’oxygène.
La force de son récit est de nous ramener à cette réalité négligée : tout en nous et autour de nous vit au rythme de l’inspire et de l’expire : notre corps, mais aussi les couleurs du ciel, les odeurs des algues, les paysages des tableaux de Van Gogh ou de l’artiste chinois Zao Wou-ki. Même la Bible, dans certaines de ses traductions, a effacé le sens original de l’inspiration divine, regrette la théologienne. Ruah en hébreu et pneuma en grec ne signifient pas « esprit » mais « souffle ». Pour l’autrice, qui a travaillé dans les secteurs de la jeunesse et du religieux du groupe Bayard (éditeur de La Croix), il s’agit bien de « respirer, souffler, s’élancer ». En oubliant cette origine divine, nous voilà réduits à « nous couper de nos sources » et à « nous passer de ce qui est plus grand que nous ».
Nous ne pouvons pas nous en remettre à nos « seules forces », confie-t-elle. Face au « mystère » et à la « magnificence de la vie », il faudrait « pleurer de gratitude, nous agenouiller devant ce qui nous précède, nous excède et nous déborde ». Les mots empruntés à l’académicien François Cheng dévoilent son intime désir : « Faire passer son propre souffle dans les signes tracés pour qu’il vibre » à chaque page du livre.
Gilles Donada
Article paru dans le journal La Croix