
de Pauline Bebe et Serge Bloch
Il était une fois… des lettres… Fermez les yeux… Les lettres de l’alphabet hébraïque dansent, s’envolent, le Tav accompagne l’Aleph, l’Ayine et le Samekh se distinguent… entourant un jeune enfant appliqué devant un livre ouvert. Telle est l’une des illustrations que Serge Bloch a créées pour illustrer ce conte, « Les yeux dans les yeux », un des quatorze contes écrits par le rabbin Pauline Bebe et réunis dans cet ouvrage. Cet enfant court chez son maitre « pour apprendre, apprendre, apprendre, le mystère de l’écriture, la beauté des traits qui forment les lettres ». L’enfant s’essaie à la compréhension du mystère des deux youds, deux petits points l’un à côté de l’autre. Sont-ce des points de ponctuation, qui viennent clore un verset…
…ou, quand ces deux points se regardent, « droit dans les yeux, d’égal à légal, sans notion de supériorité, mais dans une égale dignité », « le Nom divin », comme lui enseigne le maitre.
L’enfant qui court chez son maitre a découvert, après les lettres, les mots, « qui forment des phrases, qui mises bout à bout, deviennent des pensées, des paragraphes, des livres ». Cet enfant qui court, ce peut être un petit garçon, une petite fille, se rendant au Talmud Torah le dimanche matin, attendant impatiemment le moment de l’ « histoire de rabbi Pauline », ces histoires rassemblées depuis plus de trente ans et devenues ce livre. Ces contes nous viennent des temps lointains, du Talmud ou du Midrash, du Moyen-âge ou de la tradition hassidique. Au fil des pages, nous entrons, sur la pointe des pieds, dans les mondes d’hier et d’aujourd’hui, un dernier chapitre, « Les mots du judaïsme » nous accompagnant sur ce chemin de découverte, ou de découverte renouvelée, de la sagesse juive. Nous découvrons comment nos mots, prononcés sans respect pour autrui, peuvent nous échapper, dans ce conte « Des mots et des maux ». Nous découvrons comment, dans « Chasser l’obscurité », naissent des « étincelles d’espoir » sur les visages, lors des zemiroths, ces chants de shabbat « dont les mots dansent avec frénésie, aussitôt qu’ils sortent de votre bouche, comme s’ils avaient attendu toute la semaine pour éclore ».
Des lettres qui dansent, des mots qui éclosent, des histoires qui « vivent en passant d’une bouche à une oreille, d’un lecteur à un autre », pour reprendre les propos conclusifs de Pauline Bebe, qui espère que « pour chacun d’entre vous, comme pour moi, elles dessineront des sourires sur vos lèvres et qu’elles seront un hymne à la vie ».
Muriel Chochois
Pauline Bebe, Serge Bloch (ill.) Quand les étoiles chantaient…Contes de la sagesse juive, Paris, Gallimard Jeunesse, 2026, 206 pages.