
L’ESPRIT D’ELEGANCE, de Catherine Ternynck
Résister à la vulgarité du monde
DDB, 2025
Elégance, mot désuet, futile, mièvre ?
Qu’est-ce qui a bien pu pousser Catherine Ternynck, psychanalyste, autrice de plusieurs ouvrages remarqués, à s’intéresser à l’esprit d’élégance, quand d’autres urgences semblent nous appeler ?
Ce livre - davantage une méditation vagabonde qu’un essai philosophique ou moral - me touche et m’accompagne car il est question de beauté, de silence, de présence, à partir d’une authentique expérience d’écoute. Sans doute la première des élégances ! La psychanalyste qui écoute s’exclame intérieurement : quelle élégance d’esprit chez ce patient, qui travaille la spirale, souvent douloureuse, de ses émotions, en chemin vers sa liberté intérieure !
Tout au long de chapitres qui invitent à la contemplation, Catherine Ternynck donne voix à la discrète élégance, qu’elle nomme tour à tour courtoisie, grâce, beauté, présence, élan, liberté intérieure, empathie, hospitalité, admiration, gratitude, noblesse. C’est l’attitude de celui qui s’emploie à être, à chaque âge de la vie, plutôt qu’à courir derrière les injonctions du moment.
La racine latine elegans, «celui qui choisit» touche à la liberté ; c’est un choix personnel, une démarche, un chemin intérieur. Autrement dit, cette façon de devenir libre est une attitude spirituelle, qui prend du temps.
J’aime que Catherine Ternynck, dans cet essai, déplie le mot, le défroisse, lui redonne une vitalité qu’on lui avait peu associé. Elle lui donne même, à plusieurs moments du livre, littérairement, la parole. « Vouée à l’inutile, inapte au profit, ne servant à rien ni à personne, j’échappe à l’usure du temps. Je suis éternelle. »
On atteint ici la dimension spirituelle de l’existence, autrement dit la place du mystère, de la beauté et de la vérité. Comment y atteindre, dans un monde pressé, brutal, artificiel ? que l’on soit croyant, athée ou agnostique ?
L’autrice cite des poètes, des artistes, qui invitent à élargir le regard, ravivent l’audace de regarder la banalité et de s’en émerveiller, de donner visage à autrui. Et l’on entend que ce regard neuf, spirituel, est à la portée de chacun, dépend de soi.
Silencieusement, il est un chemin de résistance, comme y invite le sous-titre du livre : résister à la vulgarité du monde.
« sans les yeux qui me voient, je ne suis pas. Voilà pourquoi je vous attends….
Nous rejoindrons la ronde des dieux et ensemble, un instant, nous danserons l’éternelle beauté »
-Christine Ray