L'aube des questions... vue par Chrisine Ray,

19 / 09 / 2026
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L’aube des questions, 
A Avignon, été 2026
Vu par Christine Ray

Il avait fallu se lever tôt, à 4h du matin. Avaler un café rapide, enfiler dans cet été caniculaire un léger vêtement car l’heure la plus fraîche est au lever du jour.  Courir dans la nuit vers cet orgueilleux Palais des papes. Dans les rues désertes, des ombres, pressées, convergent vers le palais qui domine la cité de ses hautes murailles, tandis que des fêtards bruyants et bien alcoolisés, tentent de retrouver le chemin de leur lit.
Par la grâce du dramaturge et metteur en scène Tiago Rodriguez, directeur du Festival d’Avignon, une toute autre convocation nous réunissait, à près de 2000, dans la cour d’honneur de l’imposant palais transformé en une antique scène de théâtre. Nous, cet improbable assemblage de tous âges, étions invités à nous lever dans l’obscurité pour penser non pas un crépuscule d’humanité mais une aube faite de questions souvent angoissantes, mais belles et grandes à affronter ensemble.  Car il ne s’agissait pas de donner des réponses, d’asséner des propositions mais de partager et d’écouter ce qui habite, en ces temps crépusculaires, nos corps et nos âmes. Sur la scène, bien vivants, les corps des musiciens, et tour à tour, des artistes, des écrivains, des comédiens, des danseurs, des militants, des travailleurs, des exilés, des adolescentes, lycéennes, une petite humanité d’une magnifique diversité était venue dire ou crier ses douleurs et ses aspirations.
Il fallait se réunir dans la nuit et croire que de nous poser mutuellement nos questions vitales allait faire se lever une aube d’espérance. Sur la scène et sur les gradins se tissait une création collective, pour nommer et recueillir l’essence de ce qui nous fait du mal, de ce qui nous fait humains. 

Et comme l’écrivait Rainer Maria Rilke à un jeune poète, il fallait croire à nos questions : « Ne vivez pour l’instant que vos questions. Peut-être, simplement en les vivant, finirez-vous par entrer insensiblement, un jour, dans les réponses. »
Le jour était déjà bien levé lorsque debout, comme un seul corps, un seul souffle, nous nous sommes levés, regardés, remerciés, un peu plus conscients de la fragilité et de la beauté de notre humanité.
Parmi des dizaines, me touchait la question posée par ces jeunes lycéennes : jusqu’à quand accepterons-nous aveuglément l’exploitation des systèmes ? 

Ou du chorégraphe Boris Charmatz : comment poser des questions en dansant ? et encore : Aurai-je des petits-enfants à qui je pourrai transmettre mes questions ? 

Enfin : que ferons-nous quand nous nous disperserons ? 

Il me semblait que ces questions, il convenait de les multiplier, de nous les adresser mutuellement, à nous qui faisons de l’écriture de l’altérité un choix et une ligne de vie.

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