La consolation : Agnès Charlemagne (1/2)

29 / 09 / 2026
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La consolation

Où trouver la consolation quand mon lit crie, draps sans odeur et oreiller vide ? Quand la terre du jardin crie, arbres aux branches mortes et trop lourdes à tailler pour moi. « Il n'y a pas de consolation, écrit Simone Weil. Mais l'amour est une lumière ». Marie-Madeleine pleure devant le tombeau vide. C'était sa fête le 26 juillet. Le 22, la succession des lectures du jour selon l'Église catholique, était du cousu fil d'or. « Sur mon lit, la nuit, j'ai cherché celui que mon âme désire ; je l'ai cherché ; je ne l'ai pas trouvé. Oui, je me lèverai, je tournerai dans la ville, par les rues et les places. Je chercherai celui que mon âme désire », Cantique des cantiques. « Dieu, tu es mon Dieu, je te cherche dès l'aube : mon âme a soif de toi ; après toi, languit ma chair, terre aride, altérée, sans eau », Psaume 62. Et l'Évangile de Jean : « C'était encore les ténèbres. Elle s'aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle se tenait près du tombeau, au dehors, tout en pleurs. Et pleurant, elle se pencha vers le tombeau. (…) "On a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l'a déposé" ».

Marie-Madeleine est encore vivante puisque je pleure. Les pleurs sont-ils une consolation ? La densité de la perte est telle que les jours sans pleurs ne sont pas moins durs que les jours avec. Tout me berce dans le manque ou me frappe sur les rochers rugueux de l'éclat du manque, l'un n'est pas plus supportable que l'autre. Les deux sont à vivre, épaisseur à traverser qui me parle encore de ce que je cherche. Marie-Madeleine ne reconnaît pas le Christ car elle pleure et ses larmes l'empêchent de voir, dit maître Eckhart. Je pense que Marie-Madeleine voit le Christ dans tout ce qu'elle croise. Il est derrière chaque visage, chaque lèvre, chaque regard. Il ne cesse de lui apparaître dans les conversations, les silences, les injustices du jour, les blagues du chauffeur de bus, les feuilles qui se balancent aux arbres. Il est. Il a passé la frontière du « Où ? »

— Agnès Charlemagne

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