Le Souffle, hommage
Au Livre, il est écrit : tant que la pluie ne vint ensemencer la terre, Dieu se tint attentif attendant en son souffle. Puis l'heure vint où ses mains créatrices s'en prirent à la glaise et son souffle saisit le signe avant-coureur de son entrée en scène d'accoucheur émérite de toute parturiente. Le souffle de Yahvé, cette brise qui peut se muer en tempête, ce souffle synonyme de vie et de chaleur, ce souffle un jour donné et qui respire en nous jusqu'au terme assigné.
À chaque strate, à chaque stade de l'existence humaine le souffle est là ; sans lui, en nous rien ne perdure jusqu'à l'ultime instant où nous sommes contraints de le remettre entre les mains de qui nous a créés. Insondable mystère que cet élan, cette impulsion nôtre à jamais et pourtant étrangère puisqu'à aucun moment nous n'en sommes le maître.
Par le souffle des nues reflétées dans les vagues des fleuves et des mers impétueux ou calmes ; par l'inspire et l'expire en prise avec le vent qui hantent nos chemins faits de glaise et d'argile ; par la beauté sauvage et pourtant souveraine des cris que la tourmente arrache à tout vivant, souffle de vie, souffle monté du fond des temps, loué sois-tu !
— Agnès Gueuret