
Les livres de Paule Amblard sont toujours « une attente » à la mesure du plaisir de la lecture à venir. Après avoir écrit Les Enfants de Notre-Dame, Paule Amblard nous livre Aube de Jérusalem, une suite de son précédent roman, néanmoins, celui-ci, peut se lire séparément. Mais au fond, qu’est-ce qui fait la singularité des ouvrages de Paule Amblard ?
Au fil de la fréquentation de ses œuvres, c’est sans conteste la grande connaissance du monde médiéval de l’auteure et la capacité de nous introduire à sa symbolique toute particulière, celle qui, à partir de l’ordinaire d’un signe, d’une couleur, d’une forme, d’un animal, d’un objet ou d’une représentation humaine nous donne les codes nécessaires afin d’entrer dans une dimension spirituelle, jamais convenue… toujours à déchiffrer.
Voici Aube de Jérusalem, au titre énigmatique. Sans connaître l’intrigue romanesque, le lecteur imagine la naissance de la ville ou sa nouvelle naissance… et aussitôt, c’est le prénom d’un personnage qui va permettre ce trait d’union. C’est bien une enfant, l’enfant Aube, qu’on cherche, de Paris en passant par certaines provinces françaises puis Venise jusqu’à la Ville Sainte. Et soudain, le lecteur se questionne : est-ce aussi l’enfant en nous que l’auteur interroge, cette aube nouvelle, afin de connaître la ville idéale, notre terre à habiter ? Mais avons-nous conscience aussi d’être d’abord cherché, par une figure maternelle ou par Dieu, avec cet espoir infini de naître, une seconde fois, à nous-même ?
C’est ce sens de la quête sans relâche qui est au cœur de l’intrigue. Les obstacles sont nombreux pour réunir mère et fille, et les errances de l’une et de l’autre sont traversées autant par des trahisons que par la solidarité sans faille des amis. On devient meilleur car on a lutté « ensemble ». C’est cette notion où le collectif l’emporte – même si chaque personnage « fait sa part » – qui me semble une dimension importante dans ce récit que Paule Amblard nous offre ! Ce n’est pas un roman d’apprentissage « traditionnel » mais bien plutôt… un roman d’apprentissage à plusieurs.
La grandeur du livre reste cet amour maternel dont nous sommes tous imprégnés, cet amour infini qui ne peut se dire. Il n’y a que le silence pour dire l’amour retrouvé. Le silence pour dire le lien, le sang donné, le sang reçu, la vie élaborée dans le ventre, le cri lancé, le sein offert, la petite main tendue sur le sourire d’une mère. Paule Amblard vient de signer une poignante ode à cet amour indestructible !
Isaline Dutru