Consolée de moi-même
Aujourd'hui, avant d'écrire, je ferme les yeux et vois danser des lettres qui prennent place peu à peu pour dire « consolation », puis j'entends comme un chant venu du fond des âges : « Roi du ciel, consolateur, esprit de vérité, toi qui es partout présent et qui remplis tout… ». Je rouvre les yeux et ressens une infinie douceur, omniprésente en moi et dans tout l'univers, une sorte de tendresse d'où émerge la vie.
Mais ma raison reprend vite le dessus et se pose la question : qui est ce « consolateur, esprit de vérité » et de quels malheurs dois-je être consolée ou de quels dangers dois-je être défendue, et pour quelle vérité ?
Je prête l'oreille et devine une réponse : « Je te défends contre — et je te console de — maints maux invisibles qui peuvent se traduire en vocables sensibles : désirs inaccomplis, demandes inexaucées, questions non répondues, et aussi manques, souffrances, mémoires ineffaçables, inguérissables… tout ce qui constitue ta solitude existentielle et ton égocentrisme structurel. »
— Mission impossible ! pensé-je intérieurement.
La voix reprend : « Rien de plus simple en vérité, je te relie au monde à chacun de tes souffles, te les donnant et redonnant sans cesse dans une boucle de vie qui jamais ne se brise, je te console à chaque larme versée, que je transforme en chrême pour sanctifier l'instant, je te protège, te console de toi-même qui t'efforces de croire que tu es séparée.
— Chut, chut, ne dis plus rien. Il me revient en tête quelques mots du grand Rûmi, inspiré par toi peut-être : « Si l'espace entre deux pensées s'agrandit, c'est dans ce silence que naissent l'univers et les étoiles. » Serais-tu donc cet espace entre deux pensées, deux mots, deux souffles, deux soupirs ?
— Tu l'as dit : Je suis l'espace qui contient, qui soutient et qui remplit tout ce qui vit et respire, et plus encore.
— Vraiment ? Alors, si tu es « cela », je suis consolée… d'être née avec des yeux qui ne voient pas, des oreilles qui n'entendent pas, une langue qui ne goûte pas. Car me restent quelques mots que toi seul peux comprendre : ceux qui ne sont ni dits ni écrits, seulement insufflés, des mots qui sont à vivre.
Pour le bien être de tout et de tous.
— Véronique Lejoindre