La consolation : Stéphane Runfola

29 / 09 / 2026

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Paroles et consolation

Une histoire au bord du chemin. L'eau filant dans le fossé. Après certaines tempêtes un flot croissant, menaçant d'emporter les passants. Puis un flot régressant, régulé par une force inconnue. Ne pas déborder, se contenir et laisser les autres avancer. Les autres, ils sont aujourd'hui comme des enfants voguant sur ces grosses chambres à air de tracteur sur lesquelles ils ont joué, avant que la vie ne se dégonfle. Ils sont pères et leurs enfants se dérobent à leurs rêves. Enfants criants, enfants silences, enfants empêchés de marche, de gestes simples, parfois au bord du dernier souffle, parfois trop tard, enfants pour toujours. Les passants s'arrêtent et moi, enfant fossé, je les écoute enfin. Avant, je me bouchais les oreilles comme le fait le ruisseau avec les feuilles mortes. L'eau s'amoncelle et ne prend pas le risque d'aller plus loin. On n'écoute pas un père qui vous noie de mots putrides, puis vous vide par des paroles qui siphonnent les désirs les plus simples. Les paroles qui noient, les paroles qui vident. Aujourd'hui je remonte à la surface. Je rejoins le chemin. Je suis dans un groupe de paroles pour les pères et je les écoute. Je leur parle aussi. D'un flot doux et paisible. Nous sommes venus partager ce que d'autres vivent comme un drame. Nous partageons en fait l'amour que nous portons à nos enfants. Nous prions. L'enfant que je n'ai pas été, bâillonné par les étiquettes de toutes les anormalités, est effacé par une communauté de pères différents.

— Stéphane Runfola

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