La consolation : Marie-Line Jacquet

29 / 09 / 2026
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Aux premiers temps, nous reçûmes la Parole dans nos corps, ou dans âme ou l'esprit, qu'importe : elle atteignait sa cible, et mystérieusement croissait. Entre les trois zones de l'être s'établissait un courant souterrain, avec ses pertes, ses résurgences, ses éclaboussements, et nous soupçonnions, étonnés, des continuités secrètes. Parfois, une secousse infime signalait un événement, un effondrement salutaire, un réajustement, puis nous comprîmes la merveille : au fond de nous sourdait une eau consolatrice, parfaite et pure. Elle imbibait nos terres intimes, les homogénéisait, évacuait le mal. Née dans le plus profond, elle roulait vers l'éternité, se mêlait à ses flots.

Plus tard, la consolation coula de nos doigts ; aucune barrière d'air ne faisait obstacle à son expansion. Elle circulait, limpide, puis s'infiltrait dans nos consciences, touchait les corps, les cœurs, par de mystérieux passages. Heureux, nous récoltions les fruits de ces passages, et nous aimions ces transmissions, l'éclair inattendu du bonheur dans un œil, la guérison d'un membre.

Mais, nous demandions-nous, qu'advenait-il des autres ? De ceux que nous ne croisions pas ? Et dont certains flambaient dans des douleurs atroces ? Catastrophes et guerres, viols et meurtres d'enfants, génocides, horreurs au-delà de l'humain, que nous ne pouvons dire...

Réponse de l'Aimé : je les porte et les crie.

— Marie-Line Jacquet

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