J'aime imaginer – la sonorité du mot m'y invite – une étymologie multiple. Le « sol » tinte, aigre, radical. J'entends « seul ». Se tenir tout près de l'autre dans l'épreuve de l'absence. L'enfant affolé, je l'entoure de mes bras, je chantonne des mots maladroits, j'accueille ses larmes. Autrefois, j'ai éprouvé la terrible solitude de l'enfant ; adulte, elle résonne encore en moi. Nous sommes deux, peut-être trois, ou nous tous, qui avons été et qui sommes encore des enfants. Nous faisons semblant d'avoir vaincu notre solitude. Embrassant l'enfant, il me console autant que je le rassure.
Con-soler invite la chaleur du soleil : s'asseoir auprès de celui que glace la mort. Celui-là est peut-être moi-même. Qui desserrera l'étau de mes angoisses si je n'ouvre mon cœur à la Joie qui n'a rien à voir avec le bonheur ou le confort ?
Mais, Dieu, l'humanité toute entière, qui la consolera, elle qui crie de solitude et de malheur ?
Elle brûle, la terre, ils brûlent les arbres, et les abris pour les oiseaux, les renards et les enfants, et les récoltes qui donnent le pain ! Elles brûlent la faim et la soif, elle brûle en nous la soif de vivre. Elles brûlent la colère et la violence, elles détruisent et elles aveuglent.
Qui embrassera l'humanité en proie à la peur, à la haine, à l'abandon, à la solitude, à l'injustice, aux violences, au carnage ? Qui se tient auprès de l'humanité toute entière en péril ?
Avons-nous dépassé les limites du consolable ?
Avons-nous perdu le lieu de l'enfance ?
Y a-t-il encore une Demeure pour la Joie ?
— Christine Ray