ASCENSION VERS LE SILENCE (extrait d'un poème en chantier)
ils traversèrent longuement la plaine immense
et baignée de soleil
au loin s'élevait une très haute montagne
ils ont marché ils étaient nus
sur la grande enclume brûlée de la plaine
incendiée par le soleil et la fureur
ils ont traversé des forêts calcinées
des villages désertés
absentés de toute vie
pas même des bourdonnements d'insectes
ou des cris de cigales
– rien
rien que le sifflement du vent dans leurs oreilles
comme le rire fétide de la mort
au pied de la montagne ils ont franchi
une cascade un torrent mugissant
ils ont monté le long de la paroi rocheuse
se blessant les mains et les pieds
mais c'était impossible désormais de reculer
ils ont grimpé tout en haut
dans le hurlement assourdissant du vent
ils se tenaient fort par la taille par l'épaule
enfin parvenus
au sommet tout à coup
soudain le vent s'est arrêté de rugir
c'était incroyable en principe c'est le contraire
c'est aux cimes que le vent est le plus fort
mais ici non
soudain
ce fut le silence
le silence comme une offrande
une paix immense
un souffle à peine peut-être
ou une buée
et devant eux un monde nouveau
large ouvert et pour tout dire infini
et la mer à perte de vue
— Thierry-Pierre Clément