« Par l'aube, quand elle reprend son souffle… »
Assise
Au fond, le Livre est la véritable assise. Assise de vérité dit-on. Sa lecture m'assoit, intérieurement, littéralement. Quand l'aube « reprend » son souffle, mon Livre exhale le sien. Alors tout se déplie, se décolle, se dilate et s'ouvre. Je suis dans le Livre comme sur un tapis de prière, tournoyée de lettres, mouvantes, remuantes. Un océan. Mes cellules dansent partout dans mes membres, de la racine jusqu'au ventre. Le Livre est vivant.
Prosternée
Gratitude. Dans un expir, je me prosterne. Allâaaaah… le ah final de Allâh s'exagère sur mes lèvres, s'étire et me prolonge et vers Lui me plonge. Souffle est Son nom. Il crée puis défait. Il aspire puis expire. Nous vivons, nous mourons. Chaque aube, Il enfante de Son souffle la Création. Le front de nouveau contre le sol, je m'effondre. Allâaaaah…, j'expire, j'exhale un ah très long, très doux. Un souffle pur, sans consonne ni voyelle. Un souffle d'avant Adam.
Dressée
Je me relève, je m'ébroue dans la nuée. Ô souffle, gardien de mon oraison, garde-toi ferme en moi. Tu es mon soutien, ma colonne entre terre et ciel. Enroulée à toi, mon âme embaume d'un encens divin.
Mon âme, elle se dit Nafs, نَفْس, le nom arabe de souffle.
— Karima Berger
Mois de Ramadhan 1447/2026