Le chuchotement des pierres... Une lecture d'Agnès Gros

19 / 10 / 2026
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Le chuchotement des pierres

Colette Poggi, Équateurs, 2026, 155 p.

Dans ce livre très poétique, Colette, spécialiste de l’Inde et du sanskrit, nous invite à la marche, à la présence à soi-même, en lien avec les pierres, les animaux, les plantes et tout l’univers. Avec elle, nous contemplons la nature dans les calanques de Marseille ou la forêt de la Sainte-Baume, expérimentons le silence et l’émerveillement, la communion avec la nature. 

Colette entremêle ses souvenirs d’enfance, les virées avec sa mère corse, ses recherches sur Abhinavagupta, ce sage du Cachemire (X et XIe siècles) et Maître Eckhart (théologien allemand des XIIIe et XIVe siècles) pour sa première thèse, tous les deux insistant sur l’importance du silence, de l’instant présent et du détachement, et considérant la vie comme jaillissement ou vibration. Le récit d’un voyage d’études en Inde est l’occasion d’évoquer la Bhagavad Gîtâ, le thème d’un autre de ses ouvrages. Comment préserver le Dharma, le juste équilibre du monde ? Il s’agit de prendre conscience de soi comme intimement lié au vivant et à « réapprendre à habiter la Terre avec justesse ».

Ses voyages, de la Corse à la Chine, lui ont fait prendre conscience de l’unité du cosmos. Cette unité que les Orientaux appellent la non-dualité n’est pas une idée abstraite mais une expérience de la même vibration fondamentale, du qi de la tradition chinoise ou du prâna de la tradition indienne. C’est nullement une fuite du monde, plutôt une invitation à s’enraciner profondément dans l’ici et maintenant. La puissance de la mémoire permet de se nourrir d’expériences d’unité vécue, de « se relier à l’univers, […] unifier corps et esprit dans un même souffle ». À nous de nous rendre disponible à l’interconnexion de toute chose, à être présents dans l’instant. Une heure de marche permet de retrouver son être au-delà des fragmentations, des doutes. Une déambulation dans la forêt de la Sainte Baume devient une méditation sur la compassion karunâ, la danse une occasion de « s’éveiller à la présence d’une énergie de vie différente ». 

Suis-je en harmonie avec ma destinée ? L’autrice raconte son parcours et comment ces expériences d’unité l’ont nourrie et fait grandir. Elle évoque des instants d’éveil, ces moments d’expérience vraie qui nous relient à l’univers. Le Yi King, Le Livre des transformations, invite à un travail sur soi, à poser des actes désintéressés (ce qui rejoint ce que Colette a écrit sur la Bhagavad Gîtâ). La seule réponse à la question « Comment agir dans un monde au bord de l’effondrement ? » est de travailler à se transformer soi-même, à se reconnecter avec la nature et le monde, pour « jouer ainsi sa modeste partition au service de l’harmonie du monde ».

Très bien écrit et empli de poésie, ce livre est vivifiant et jubilatoire. Faisant le lien entre des traditions diverses, c’est un livre qui apaise et qui unifie.

Recensé par Agnès Gros

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