
Mon premier édito.
Christine Ray me passe le relais de la présidence d’Écritures & Spiritualités et je vous remercie toutes et tous pour votre confiance. Christine a fait un travail remarquable durant ces dernières années. Engagée spirituellement et dans la création littéraire et artistique, elle n'a eu de cesse de chercher les pistes qui nous permettent de faire dialoguer aujourd'hui vie spirituelle et nos écritures. Elle a su consolider les bases nouvelles de l'association notamment en invitant plusieurs personnes clé du paysage de la littérature et de la spiritualité. Merci à elle.
Je dois dire que je suis assez frappée de ce que trois personnes liées à l'association m’aient dit chacune, avec le sourire, que j'avais du courage de répondre oui à cet appel. C'est d'autant plus étonnant qu'ayant perdu mon mari cet été, je traverse un temps nouveau duquel l'énergie et la volonté sont absentes. Sans doute le vide laisse-t-il place à tout autre chose : non pas faire mais laisser les événements, les personnes, prendre leur place, leur lumière. C’est l’amitié qui m’a introduite dans cette association et je pressens combien les diverses rencontres personnelles vont continuer de nous guider en équipe, dans de ce vif désir d’être les uns et les autres des tisseurs de liens entre littérature et chemins spirituels.
Tous, en adhérant à É&S, nous avons dit oui à un héritage puissant, qui s’est toujours laissé habiter par la quête de l’altérité. Et tous, nous sommes insufflés d’un courage certain, pour faire l’expérience ensemble qu’il est possible de tenir ce défi d’abattre les murs du mépris ou du mensonge par la puissance des mots et du silence entre les mots. Écrire, c’est nommer et mettre de l’ordre – ou du désordre – dans ce qui est brûlant à vivre. Choisir le Vivant, l’écrire et en partager la lecture, c’est un antidote solide et un levier déterminant pour une société minée par le séparatisme et l’obscurité.
Depuis janvier avec Christine, nous passons de rencontres en rencontres. Inspirées par une série de convergences, à reconnaitre, à orienter avec audace, nous faisons l’expérience de l’amitié spirituelle dont notre monde a tant besoin pour donner corps à une promesse ; celle de laisser une place au plus grand que nous, qui nous dépasse mais nous traverse. Nous en avons la responsabilité, pour les générations qui attendent notre voix et prise de parole, pour nos lecteurs, pour l’air que nous respirons. Ce oui qui passe par nous est une Présence qui va s’écrire et se partager dans des élans de réciprocité. Car nous avons tous un talent à déployer et à offrir, au sens spirituel.
Gabriel Ringlet, rencontré dans son prieuré en Belgique et membre de É&S, découvrant la liste des lauréats du prix depuis 1979, nous a dit : « Vous avez là un trésor ! » Il a évoqué la discussion datant d’une dizaine d’années avec Christine Ray et Karima Berger, à propos du nom de l’association « Écrivains croyants », devenu « Écritures & Spiritualités ». Fallait-il ou non un S au mot Écritures, et à celui de Spiritualités ? Oui, c’est précisément ce qui nous engage : notre pluralité est un signe fort.
Comment activer ces liens entre nous et avec un public invisible ? Merci à Claude Plettner de proposer ce lieu lumineux de l’Espace Poveda, intime et séduisant. Nous avons besoin de rencontres physiques. Les soirées poésie, lectures, alimentent notre puits et agrandissent l’espace de notre tente. Les conférences élargies peuvent se vivre en partenariat avec le 104 de la rue de Vaugirard ou avec la revue Études. Les « Invitation d’écriture » se vivent sur le site et tout cela est vivifiant.
La dernière lettre L’essentiel d’E&S illustre la dynamique en cours et... à poursuivre.
Quelques lignes enfin de frère François Cassingena-Trévedy, lauréat du prix É&S 2024 – et le mot « Église » est à entendre ici au sens le plus étendu, toutes religions concernées : « Que devrait être l’Église, à l’avenir, comme institution ? Non pas le musée d’une expression immobile de la foi, mais la plus haute permission donnée à l’interprétation. À tout un peuple d’interprètes qui attend que l’on prenne son âge d’homme au sérieux.1 »
Marseille, Agnès Charlemagne
1Frère François Cassingena-Trévedy, Propos d’altitude, Paris, Albin Michel, 2022, p. 127.